Dominique Naert - Nous n'avons pas la capacité de changer le monde, mais celle de changer notre propre vision du monde…/… We can't change the world, but we can change our view of it.
 
déc
13

L’école et la transmission

Ecrit par Dominique

En contrepartie, l’école devra repasser par la transmission, à la connaissance : transmission des valeurs et des connaissances de base, dispensées en termes d’apprentissage. Ce sera une révolution dans les têtes puisque le Savoir est actuellement un élément essentiel à l’évaluation et à la sélection : une rupture totale dans la tête des professeurs, mais aussi des parents, de la société, conditionnés qu’ils sont depuis plus d’un siècle. Les bases de mathématiques, de français, d’histoire, de géographie, de biologie, d’économie ou encore d’environnement… seront toujours nécessaires au contraire, mais elles seront allégées, très allégées : les bases suffiront mais elles seront essentielles pour la suite de la formation. Une langue internationale sera primordiale, enseignée autrement, avec une part importante en immersion. L’immersion est la première condition de la transmission… D’autres langues étrangères ne seront jamais nuisibles, mais la connaissance parfaite de l’anglais -puisqu’il en est ainsi et n’en déplaise à notre patriotisme, au sujet de la pensée profonde que le Français véhicule des valeurs démocratiques primordiales à l’humanité (l’Esprit Français)- sera la clef de la réussite et du progrès de l’individu. Tout au moins à sa communication. L’orthographe évoluera pour se synthétiser, comme ce fut le cas pour l’anglais aux États-Unis, à la façon de la rédaction des « textos » ; mais comme elle a toujours évolué à chaque changement de support. Cette évolution doit-elle donc être considérée comme un recul, une acculturation ou un progrès ?

La transmission des valeurs constituera le défi du 3ème millénaire. L‘éthique sera la matière fondamentale de l’école du futur ou elle ne sera pas… Comment, dès lors, transmettre cette éthique et les valeurs qu’elle véhicule ? Comment faire pour que la matière «éthique » ne se transforme pas en leçon de morale ? A cet effet, l’étude de la philosophie et de la psychologie sera importante dans les classes d’adolescents. Cependant certaines matières porteuses de ces valeurs devront prendre le pas sur les matières théoriques : ainsi, la peinture, le modelage, le sport avec des épreuves mettant en contact avec tous les éléments de la nature ; les jeux d’équipe et les épreuves solitaires… Enfin, le travail de la matière devra être pris en compte dès la prime enfance et le travail dit manuel, dès le début de l’adolescence, dans une perspective qu’ont pu définir  Bachelard, Feller et d’autres depuis, pour atteindre l’équilibre psychique.

En 1988, Françoise Dolto, dans son livre « La cause des adolescents », propose d’ « envisager, dans une saine remise en cause du système, de rendre manuels tous les enfants, de mêler toutes les disciplines intellectuelles, de faire un tronc commun sans mettre d’un côté plus d’apprentis et d’un côté moins de cols blancs ; mais c’est difficile actuellement, en raison du perfectionnement technologique dans toutes les branches et de leur démultiplication (…). On peut toutefois concevoir un nouveau système adapté à la technologie actuelle et au niveau de savoir général. L’apprentissage de la lecture, l’écriture et le calcul de base seraient des fondements communs. Les enfants souscriraient d’eux-mêmes dans des niveaux scolaires correspondant à la discipline qui les intéresse. Il est évident que c’est à huit-neuf, au plus tard onze ans, qu’il faut s’orienter vers ce qui vous intéresse et peut-être toucher un peu à des choses différentes jusqu’à treize-quatorze ans, jusqu’à la puberté acquise. Quand un enfant a eu le droit d’être créatif dans plusieurs domaines, spontanément, quand il est devenu gonadiquement mûr, il choisit ce qui lui convient et c’est à cet âge-là seulement qu’il devrait opter soit pour des études théoriques soit pour du travail manuel, avec une reconversion toujours possible. S’il a fait du manuel, il pourrait recevoir une formation intellectuelle, le jour où il le voudrait. Si, au contraire, il a d’abord opté pour des disciplines intellectuelles, il pourrait, le jour où il le voudrait, suivre un apprentissage manuel. Ceci par l’État et toute la vie. Voilà ce que devrait être l’école de l’avenir ». Elle ajoute encore « s’il y avait des activités manuelles ou technologiques adaptées à la vie d’aujourd’hui, il serait envisageable, pour les entreprises, d’employer dans des stages, même courts, une fois qu’ils ont une base technologique des moins de seize ans. On fait des classes de neige, des classes vertes, des classes de mer, etc.…  Pourquoi pas des classes « d’argent » avec un stage payé et dans une branche où l’on désire exercer plus tard ? L’entreprise essaierait d’utiliser et de rémunérer des adolescents dès l’âge de treize ans. Mais ceci n’est possible que si on institue le principe d’hôtellerie d’enfants sans parents. En effet, s’ils veulent suivre un enseignement qui est dispensé à quelque distance du domicile familial, il faut qu’ils logent sur place et qu’ils rentrent chez leurs parents le vendredi ; il faudrait ouvrir des pensionnats qui fassent partie des bourses scolaires. Ce ne serait pas une réforme (de plus) de l’Éducation Nationale. Ce serait une révolution sociale ». En fait toutes ces possibilités existent en Allemagne depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Or, le système éducatif allemand n’est pas pour rien dans le fait que l’Allemagne soit encore aujourd’hui l’une des 2 plus grandes puissances industrielles du Monde Occidental avec le Japon. La France est tombé de la 4-5e place à la 26e   place en 30 ans.

               En 1998, le philosophe Edgar Morin, à la demande de l’UNESCO, devait réfléchir au « socle minimum de connaissances à acquérir au cours de la scolarité ». Il estime « que l’éducation doit enseigner l’Unité de la condition humaine à la fois physique, biologique, psychique, culturelle, sociale et historique, alors que le découpage disciplinaire le désintègre. Elle doit également enseigner le destin planétaire du genre humain ». Ce que P. F. proclamait d’une façon péremptoire : « je refuse tout ce qui divise ! ». Il explique sa démarche : « Ce que je veux : libérer la jeunesse de l’emprise des structures actuelles de la société et des idées reçues au sujet de l’Adolescence et de l’Apprentissage. L’outil ancien est un des moyens que j’ai choisis. Comment l’utiliser à cette fin ? La société française, actuellement, accélère sa propre division par l’orientation professionnelle. Je ne suis pas sergent recruteur des Métiers. Je me réserve de poser la question : un Jeune extrêmement bien doué en tout a-t-il le choix de choisir effectivement entre deux Adolescences, l’une dans un Apprentissage, l’autre sans ? Cela suppose une rupture avec le milieu, avec la société toute entière. Cette rupture est à préciser. Jusqu’à présent, l’Apprentissage était le lot des enfants des autres. Quelle maman aurait donc consenti à voir son petit aussi malchanceux que son mari ? Il est un adolescent qui a fait choix pour lui d’une Adolescence dans un Apprentissage. L’outil doit –dans sa présentation– renverser la division ». (22 04 78)

En 1984, Jack Lang reprenait à son compte cette idée, sans, n’avoir vraisemblablement jamais entendu parlé de P. F.. Il déclarait au journal « Le Matin » : « La France est le pays des hiérarchies sociales, culturelles et intellectuelles. Trop souvent, notre société sépare l’éducation sensible de l’éducation cérébrale : des cloisons de fonte divisent les savoirs et les pratiques culturelles. Abolir partout les frontières (…). L’abolition des frontières passe aussi par la réconciliation des deux cultures, souvent étrangères l’une à l’autre : la culture scientifique, technique et industrielle et la culture artistique et littéraire. Trop de Français sont aujourd’hui infirmes en raison de leur appartenance exclusive à l’un des deux ordres. Là aussi, il faudrait décrisper et faire naître une troisième culture : une culture de synthèse qui, en les dépassant, réunifierait ces deux traditions séparées ». Il continue : « La modernité ne consiste pas à se jeter aveuglément dans les bras de la science et de la technique. Ce doit être un nouveau regard sur le monde, qui rétablit l’harmonie entre les activités des sciences, du cerveau, de la raison et des mains. Voici l’homme neuf que nous avons à construire en cette fin de siècle. Non pas un homme mutilé et appauvri, qui aurait mis au rancart sa sensibilité, sa part d’émotion et son goût de la beauté, mais un homme complet, maître de lui-même et de son environnement. »

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