Dominique Naert - Nous n'avons pas la capacité de changer le monde, mais celle de changer notre propre vision du monde…/… We can't change the world, but we can change our view of it.
 
juil
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Le Compagnonnage n’est pas une légende…

Ecrit par Dominique

Le Compagnonnage n’est pas une légende…

Annexes pour mieux comprendre…

Au début du 19e siècle, toutes les sociétés de compagnons existantes se rattachaient à l’une ou l’autre de ces deux grandes fédérations : le Devoir de Liberté (Enfants de Salomon) ; le Devoir ou Saint-Devoir de Dieu qui comprenait les Enfants de Maître Jacques et les Enfants du Père Soubise.

A. Devoir de Liberté (Enfants de Salomon). – Trois grandes société professionnelles se rattachaient à ce rite.

1- Les tailleurs de pierre (compagnons étrangers ou loups).

Ils étaient les doyens du compagnonnage et se glorifiaient d’avoir eu Hiram pour ancêtre. La hiérarchie des loups comprenant deux degrés : les jeunes hommes, les compagnons. « Un premier compagnon, écrit Perdiguier (Livre du Compagnonnage, 3ème éd., p. 40), préside l’assemblée des compagnons ; un premier jeune homme préside l’assemblée des jeunes hommes. Les compagnons se parent de cannes et de rubans fleuris d’une infinité de couleurs qu’ils portent derrière le cou et flottant sur la poitrine. Celui qui se présente pour faire partie de la société fait un temps de noviciat : il mange, il couche chez la Mère et ne participe pas aux frais du corps ; quand il est suffisamment connu, on le reçoit jeune homme et il porte, comme ceux de sa classe, les rubans verts et bleus attachés à la boutonnière de l’habit et flottant au côté droit. Les compagnons et les jeunes hommes ont des surnoms tels que ceux-ci : La Prudence de Draguignan, la Valeur de Bagnolet. Ils remplacent entre eux le mot monsieur par le mot coterie. Ils ne hurlent pas : ils exercent parfois le topage1« .

2- Menuisiers du Devoir de Liberté ou Gavots.

Cette société était autrefois fort nombreuse. Les Gavots se divisaient en trois catégories d’adhérents : les compagnons reçus, les compagnons finis, les compagnons initiés ; ceux qui n’étaient pas encore reçus se nommaient affiliés. Jusqu’en 1803, les Gavots ne connurent que les deux premiers grades : compagnons reçus, compagnons finis. Mais à cette époque, un compagnon qui était franc-maçon réclama la création d’un grade supérieur, celui de compagnon initié. « Il parla d’émulation, de gloire, de grandeur ; il chatouilla la vanité ; il colora si bien son dire qu’il se fit écouter et que sa proposition fut acceptée2« . Cette importation maçonnique devait, on le verra par la suite, exercer la plus fâcheuse influence sur la société et jeter parmi les Gavots des germes funestes de division.

Les insignes des Gavots étaient de petites cannes et des rubans verts, bleus et blancs que l’on fixait à la boutonnière de l’habit, en les laissant flotter sur le côté gauche.

Noms. Les compagnons de Liberté se donnaient et de donnent encore des surnoms composés d’un nom de province et d’un nom de vertu ou de fleur : Languedoc la Prudence, Bordelais la Rose, Avignonnais la Vertu, Vendôme la Clef des Cœurs.

Direction. Le chef de la société se nommait le premier compagnon ou le dignitaire, selon qu’il était compagnon fini ou initié. Il portait des insignes spéciaux ; une écharpe blanche (bleue s’il était initié), des rubans embellis de franges en or. Il était nommé à l’élection, tous les compagnons ayant droit de suffrage. Les pouvoirs ne duraient que six mois. Pendant ce temps, il disposait du rouleur, s’occupait avec lui de faire embaucher les arrivants, dirigeait la conduite des partants, présidait les assemblées. Il était assisté d’un conseil de quatre membres.

Les Gavots n’ont jamais pratiqué les coutumes du topage et du hurlement. Ils se disaient vous. L’esprit de cette société a toujours été très égalitaire. Tous les membres du Devoir, quel que fût leur grade, vivaient en commun, couchaient dans les mêmes dortoirs, prenaient leurs repas dans les mêmes salles et aux mêmes heures. Jusqu’à ce que la création d’un troisième grade fût venue introduire entre les associés un germe de division en constituant parmi eux une sorte d’aristocratie maçonnique toute gonflée de son importance et s’attribuant sur le commun des compagnons une supériorité illusoire, on citait la société des Gavots comme la plus unie de tous les Devoirs (Perdiguier, Histoire d’une scission).

3- Serruriers du Devoir de Liberté.

L’organisation et les statuts de cette société étaient identiques à ceux des Gavots.

En 1815, le compagnonnage de Liberté ne comprenait encore que ces trois sociétés, auxquelles d’autres se joignirent par la suite. Ce furent : en 1830 les tonneliers foudriers, puis une fraction dissidente des cordonniers (1845). Quant aux charpentiers du Devoir de Liberté, la date de leur admission est très incertaine. Ils prétendent descendre des charpentiers qui travaillèrent à la construction du Temple de Salomon sous les ordres d’un maître dit le Père Indien, d’où le nom d’Indiens qui sert parfois à les désigner. Mais leur fondation paraît, tout au contraire, de date récente, et ils tirent leur origine (telle est du moins l’opinion universellement adoptée chez les compagnons), d’une scission survenue dans la société des compagnons passants charpentiers du Devoir (bon Drilles3).

B. Compagnons du Devoir (Enfants de Maître Jacques et Enfants du Père Soubise).

Les quatre sociétés les plus importantes de ce groupe étaient les tailleurs de pierre, les charpentiers, les menuisiers, les serruriers.

1- Tailleurs de pierre (compagnons passants ou loups garous).

Ils auraient été initiés, d’après la tradition, en l’an 558 avant J.-C.. Cette société, moins ancienne que celle des loups, ou compagnons tailleurs de pierre de Liberté, comprenait deux catégories d’adhérents : les aspirants et les compagnons. « Les compagnons portaient de longues cannes et des rubans fleuris attachés autour de leur chapeau. Ils s’appelaient coteries, portaient des surnoms analogues à ceux des tailleurs de pierre de Liberté ; ils topaient, mais ne hurlaient pas. Leur rigueur envers les aspirants était excessive ». (Perdiguier, Livre du Compagnonnage, 3ème édition, t. 1, p. 45).

2- Les charpentiers de hautes futaies (Enfants de Soubise), initiés, d’après la tradition, en l’an 570 après J.-C.

La plus importante des sociétés de ce rite, qui se rattache lui-même au Devoir, est celle des compagnons passants charpentiers ou bons drilles, qui prétend remonter à Salomon (bien que, d’après le tableau chronologique, elle ne date que de l’an 570 après J.-C.) mais qui, d’après une autre version, tirerait son origine d’une scission survenue dans la société des compagnons charpentiers du Devoir de Liberté, lors de la construction des tours de la cathédrale d’Orléans (1287). Très estimés dans le compagnonnage, les bons drilles sont encore aujourd’hui des champions très ardents de cette institution. Leur humeur est quelque peu farouche et on leur a reproché, non sans raison, de se montrer rigoureux, parfois jusqu’à la cruauté, envers les jeunes gens qui attendent leur initiation : les Renards4. Leur condition, qui s’est sensiblement améliorée de nos jours, était, au début du 19e siècle, fort dure. Adeptes de toutes les cérémonies du compagnonnage, les bons drilles hurlaient et topaient. Ils étaient animés d’un esprit très égalitaire ; à l’exception du gâcheur ou chef de chantier, tous les compagnons employés aux mêmes travaux recevaient la même paie. Le refus des patrons de donner un salaire égal à tous les compagnons charpentiers de la même catégorie fut la cause principale de la grève de 1845.

3- Menuisiers (Dévorants ou Chiens, 570 après J.-C., d’après la tradition).

Les compagnons menuisiers traitaient leurs aspirants avec rigueur et mépris, les bannissant de leur compagnie, les forçant à prendre leurs repas et à loger dans des locaux séparés.

Les surnoms de ces compagnons se composaient du nom de baptême et d’un nom de pays : Albert le Nantais, par exemple. Entre eux, ils s’appelaient pays. Ils portaient des rubans verts, rouges et blancs attachés à leur boutonnière.

4- Serruriers (570 après J.-C., d’après la tradition).

L’organisation corporative de cette société était analogue à celle des menuisiers.

A ces sociétés mères, s’en adjoignirent par la suite diverses autres :

5- Les tanneurs qui auraient été reçus en 13305.

6- Les teinturiers (initiés également en 1330, d’après la tradition). Le rapport précité du préfet du Loiret signale à Orléans, en l’an XIII, l’existence de compagnons de cette société qui, dit-il, « font le Devoir » pour se reconnaître mais ne font aucune réception ».

7- Les cordiers, dont la réception daterait de 1407.

8- Les vanniers (1409).

9- Les chapeliers (1410). En dehors des compagnons chapeliers du Devoir, il existait sous le Premier Empire une autre société, dite des Droguins ou Bons Enfants (rapport précité de fructidor an XIII).

10- Les blanchers chamoiseurs (1500). Ces compagnons étaient animés d’un esprit très religieux.

A Orléans, ils faisaient caisse commune avec les tanneurs et les corroyeurs (rapport précité de fructidor an XIII).

11- Les fondeurs (1601) s’unirent tous l’Empire aux ferblantiers, couteliers et poêliers pour former la société dite des Quatre Corps.

12- Les épingliers (1603).

13- Les forgerons (1609).

14- Les tondeurs de draps (1700).

15- Les tourneurs (1700). Ils étaient assez nombreux au début du XIXème siècle, d’après une note manuscrite qui nous a été communiquée.

16- Les vitriers (1701). « Cette corporation, jadis riche et puissante, avait autrefois le privilège de la fabrication des vitraux qu’elle a dû abandonner depuis longtemps, beaucoup de ses membres n’ayant plus les connaissances artistiques nécessaires pour exécuter ce travail » (note communiquée à l’auteur par M. Lucien Blanc, président de l’Union compagnonnique).

17- Les selliers, initiés en 1702, d’après le tableau chronologique arrêté en 1807 ; leur réception est évidemment plus ancienne, puisque la sentence de la Sorbonne les mentionne déjà en 1655.

18- Les poêliers (1702). « Ces artisans, est-il dit dans la note précitée de M. Blanc, étaient les seuls qui travaillaient le cuivre au marteau. Leurs cérémonies avaient un caractère très religieux ; l’acte d’enregistrement des nouveaux compagnons poêliers indiquait leurs paroisses et l’archevêché dont elles dépendaient ». Les poêliers formaient l’un des Quatre Corps dont il a déjà été question.

19- Les doleurs (initiés en 1702 sur la présentation des menuisiers). Leur travail consistait à préparer les douelles pour faire les tonneaux ; ils étaient autrefois très nombreux.

20- Les couteliers, l’un des Quatre Corps (initiés en 1703 sur la présentation des fondeurs). Ils étaient peu nombreux. Le rapport précité du préfet du Loiret n’en signale que deux à Orléans en fructidor an XIII.

21- Les ferblantiers, reçus en 1703, étaient enfants des fondeurs, c’est à dire qu’ils avaient eu ce corps pour parrain lors de leur réception dans le compagnonnage. Ils faisaient partie des Quatre Corps.

22- Les bourreliers, reçus en 1706, étaient enfants des selliers. D’après M. Lucien Blanc, il aurait existé antérieurement un compagnonnage des bourreliers qui aurait été dissous en 1641 et se serait reformé à Marseille en 1707.

23- Les charrons, reçus en 1706, étaient enfants des forgerons.

24- Les cloutiers, reçus en 1758, étaient enfants des Quatre Corps.

25- Les couvreurs auraient été initiés en 1703 par les charpentiers, mais n’auraient été reconnus par les autres corps qu’en 1759 ; ils appartenaient au rite du Père Soubise.

26- Les plâtriers, dont le tour de passe (rang de préséance) est le vingt-sixième. Cette société, initiée en 1703 par les charpentiers, ne fut officiellement admise qu’en 1797.

La liste de préséance des divers corps, telle que nous venons de la reproduire, fut arrêtée le 18 mai 1807 par les sociétés des tailleurs de pierre, charpentiers, menuisiers et serruriers du Devoir, puis approuvée par tous les corps. Elle porte la signature de trois compagnons bons drilles (charpentiers du Devoir) : Dédevant dit Bordelais-sans-Façon, Balagon dit Tourangeau-le-Juge-des-Renards, Douazan dit Parisien-la-Musique, et de trois compagnons passants tailleurs de pierre : Levau dit la Prudence de Bordeaux, Liboire dit la Prudence de Marmande et Bescure dit la Fleur de Condom6.

Les corps qui précèdent étaient en 1815 les seuls fui fussent officiellement admis aux honneurs du compagnonnage. Mais d’autres corps étaient cependant en fait, sinon en droit, organisés selon les principes et les règles des Devoirs. Ces corps étaient :

Les toiliers, initiés secrètement en 1775 à Narbonne par des compagnons menuisiers, mais tenus à l’écart par toutes les sociétés.

Les maréchaux-ferrants, initiés à Avignon par des forgerons, en 1789 d’après M. Lucien Blanc, en 1795 d’après Perdiguier. Les maréchaux-ferrants, longtemps désavoués par tous les corps, ne furent reçus officiellement qu’en 1867.

Les sabotiers, initiés à une époque indéterminée par un compagnon charpentier passant, mais répudiés par les Devoirs. Leur organisation était peu cohérente. A Orléans, ils s’embauchaient eux-mêmes et n’avaient pas de Mère (rapport précité de fructidor an XIII).

Les cordonniers, autres parias du compagnonnage, avaient été initiés en 1807 dans des circonstances assez singulières.

Ici s’arrête la liste des compagnonnages avoués ou bâtards. Quelques anciennes sociétés de compagnons avaient disparu sous la Révolution comme celle des tailleurs. « Il y a plus de douze qu’il n’existe plus de compagnons tailleurs à Orléans » écrit le préfet du Loiret dans son rapport déjà cité de l’an XIII.

1 Sur le sens de ces mots, voir infra : Rites, mœurs et coutumes du compagnonnage, chapitres : Le Tour de France (suite) et Fin du Tour de France.

2 Agricol Perdiguier, Histoire d’une scission dans le compagnonnage, p. 11 et suiv.

3 D’après M. Lucien Blanc, président de l’Union compagnonnique, cette scission aurait eu lieu en 1834. Quoiqu’il en soit, le rapport déjà cité du préfet du Loiret (de fructidor an XIII), rapport qui renferme une énumération très complète des sociétés des divers Devoirs existant à Orléans, ne mentionne pas de compagnons charpentiers de Liberté.

4 Ce nom sert également à désigner les indépendants.

5 Nous ne garantissons aucunement l’authenticité de ces dates, car elles sont consacrées par la tradition et conformes au tableau chronologique (1807).

6 Cette liste a été reproduite par Perdiguier, Livre du Compagnonnage.

12 Responses to “Le Compagnonnage n’est pas une légende…”

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