Dominique Naert - Nous n'avons pas la capacité de changer le monde, mais celle de changer notre propre vision du monde…/… We can't change the world, but we can change our view of it.
 
juil
25

Les Relations entre les Compagnons et l’Eglise.

Ecrit par Dominique

Les Relations entre les Compagnons et l’Eglise.

La décision d’interdire une ville ne concernait alors pas les monastères et les organisations religieuses qui avaient le droit d’employer en direct les compagnons et qui les protégeaient. La présence dans les monastères de la ville était d’ailleurs nécessaire pour le contrôle du respect de la décision ; cette présence permettait aussi d’aider les compagnons qui seraient passés par la ville, par manque d’informations ou par nécessité ; un viatique lui était alors alloué, gracieusement, qui lui permettait de poursuivre sa route le ventre plein. Pourtant les relations entre l’Eglise et les Compagnons n’ont pas toujours été des meilleurs : les cérémonies para-religieuses, les rituels et les symboles mais aussi les troubles causés à l’ordre public participe à cette méfiance et une Condamnation est prononcée en Sorbonne le 14 mars 1655, « Résolution touchant les pratiques impies, sacrilèges et superstitieuses, qui se font dans les mestiers de cordonniers, tailleurs d’habit, chapeliers et selliers, pour passer compagnons, qu’ils appellent du Devoir… ». Les compagnons avaient été dénoncés en 1639 par une société dévote dite Confrérie du Saint-Sacrement1. Sur cette plainte et après divers monitoires et sentences de l’officialité (1640 – 1641), intervint enfin, le 14 mars 1655, une sentence de la Faculté de théologie qui énumère ainsi qu’il suit les caractères généraux du compagnonnage : «Ce prétendu Devoir de compagnon consiste en trois paroles : honneur à Dieu, conserver le bien du maître et maintenir les compagnons. Mais tout au contraire ces compagnons déshonorent grandement Dieu, profanant tous les mystères de notre religion, ruinant les maîtres, vidant leurs boutiques de serviteurs quand quelqu’un de leur cabale se plaint d’avoir reçu bravade et se ruinant eux-mêmes par les défauts aux Devoirs (amendes) qu’ils font payer les uns aux autres pour être employés à boire. Ils ont entre eux une juridiction, élisent des officiers, un prévôt, un lieutenant, un greffier, un sergent, ont des correspondances par les villes et un mot du guet… font une ligne offensive contre les apprentis de leur métier qui ne sont pas de leur cabale, les battent, les maltraitent…»

Le préambule constate encore que les compagnons «font jurer sur les évangiles à ceux qu’ils reçoivent de ne révéler ni à père, ni à mère, femme ni enfants, ni confesseur ce qu’ils feront ou verront faire ; qu’ils s’assemblent pour les réceptions dans un cabaret tenu par la Mère et choisissent deux chambres, dont l’une sert pour leurs abominations et l’autre pour le festin, qu’ils choisissent à l’initié un parrain, une marraine, lui donnent un nouveau nom, le baptisent par dérision et font les autres maudites cérémonies de réception particulières à leur métier selon leurs traditions diaboliques. »

La sentence de la Sorbonne décrit ensuite les rites usités pour la réception dans les divers Devoirs. Chez les cordonniers, les rites de la réception étaient les suivants. On mettait sur une table du pain, du vin, du sel, de l’eau (les quatre éléments). On faisait jurer le futur compagnon sur sa foi, sa part de paradis, son Dieu, son chrème et son baptême ; puis on lui donnait un nouveau nom et on le baptisait avec le contenu d’un verre d’eau. A quelques détails près la réception des tailleurs était identique ; on apprenait à l’initié l’histoire des trois premiers compagnons «laquelle, dit le père Lebrun, est pleine d’impuretés».

Chez les chapeliers, on dressait une table dans une des chambre du logis de la Mère. Sur cette table, on plaçait une nappe qui était censée figurer le Saint Suaire. Les quatre pieds étaient le symbole des quatre Evangélistes ; le dessus de la table était le Saint Sépulcre. Dans la chambre se trouvait une croix et quantité d’objets dont la signification allégorique rappelait la Passion et diverses scènes de la Bible (un coffre représentait l’arche de Noé, un buffet le tabernacle de Jacob, etc.). Le prévôt de la confrérie (Pilate) se tenait dans une chaire, ayant en mains une baguette (la verge d’Aaron) ; son lieutenant (Anne) et son greffier (Caïphe) étaient à ses côtés. On introduisait l’aspirant qui prononçait ces mots : «Honneur à Dieu ! honneur à la table ! honneur à mon prévôt !» Il baisait ensuite la table et disait : «A Dieu ne plaise que ce baiser soit celui de Judas !» On l’interrogeait alors sur la signification des objets qui l’entouraient ; on lui donnait à manger du pain et du sel, par raillerie, ce qui lui faisait dire : «Je n’ai pas mangé morceau si salé ni bu coup de vin si serré ; trois coups à la cheminée, mon parrain et ma marraine m’ont fait frapper ; à quoi je reconnais être bon compagnon.» En observant ces rites de réception, on s’aperçoit vite qu’ils n’étaient pas très compliqués et très long ; un rituel du début du 19e siècle des Compagnons Cordonniers du Devoir qui étaient, semble t-il, très proche de celui des Compagnons Tanneurs et qui tient son origine avant la Condamnation en Sorbonne, est aussi simple que celui décrit ici. On peut ainsi constater que les rites de Réception ou d’Initiation se sont complexifiés avec l’influence de la Franc-Maçonnerie.

La Sorbonne déclara «qu’en ces pratiques il y avait péché et sacrilège d’impureté, blasphème contre les mystères de la religion, que le serment que faisaient les compagnons de ne rien révéler de leurs pratiques même dans les confessions n’était ni juste ni légitime ; que si ce mal continuait, ils seraient obligés en conscience de déclarer ces pratiques aux juges ecclésiastiques et même, si besoin était, aux juges séculiers ; qu’ils ne pouvaient, sans péché mortel, se servir du mot du guet et s’engager aux mauvaises pratiques de ce compagnonnage ; … que l’on ne se pouvait mettre dans ces compagnonnages sans péché mortel». Cette condamnation comme toutes les autres n’aura pas grande influence sur le Compagnonnage, sauf anecdotique, si ce n’est pour les Cordonniers, qui ne seront reconnus et initiés de nouveau qu’en 1808. En contrepartie, un Compagnonnage est mise en place par un certain Henri Buch (1598-1666) qui crée un ordre semi religieux des Frères Cordonniers mais qui ne durera pas ( 1646-1670). Des satires sont éditées sur la réception des cordonniers et autres railleries ( Le Devoir des Savetiers avec la réception faite à un arrivant suivie d’un compliment savetique faite à une maîtresse) ; ces éditions seront éditées en particulier à Troyes dont les imprimeurs fabriquent les petits livres de la Bibliothèque Bleue, qui sont diffusés sur tout le territoire par des colporteurs.

Au même titre, en 1674, l’Evêque d’Auxerre rend une sentence à l’encontre des Bons Cousins Charbonniers, des Bûcherons ou Bons Compagnons Fendeurs et de tous ceux qui travaillent aux métiers de la métallurgie.

1 Vois dans la Revue historique de novembre 1899, l’article de M. Rabbe : Une société secrète catholique au XVII° siècle.

One Response to “Les Relations entre les Compagnons et l’Eglise.”

  1. Mode-Web dit :

    Je dois reconnaître que je ne comprenais rien mais maintenant c’est plus clair dans mon esprit grace à votre site internet.
    je vous remercie

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