Dominique Naert - Nous n'avons pas la capacité de changer le monde, mais celle de changer notre propre vision du monde…/… We can't change the world, but we can change our view of it.
 
déc
7

Le message de l’Outil

Ecrit par Dominique

Le Message de l’Outil,

 Dominique Naert

 

Nous allons commencer notre exposé par une page de littérature qui évoque la Maison de l’Outil : « Il existe à Troyes un musée peu connu, et pourtant d’une richesse, unique en France et peut-être au monde : La Maison de l’Outil et de la Pensée Ouvrière. Pédagogique par excellence, tous les adolescents destinés aux carrières dites manuelles devraient y être conduits, et les autres pourraient y trouver également profit. Disposé dans un superbe Hôtel Renaissance, c’est le musée de l’homo faber, le musée de l’intelligence, non pas abstraite, dialectique ou spéculative, mais de l’intelligence observatrice et inventive, appliquée à produire.

Avant de créer un objet il faut avoir créé l’outillage pour le fondre, le forger, le limer, le souder, le découper, le scier, le tailler, l’assembler, le mouler, le coller, le clouer, le coudre, le lisser, le dorer, l’orner.

Combien émouvants, ces outils perfectionnés au cours des siècles, usés ou polis par tant de paumes et transmis de pères à fils ou de maîtres à compagnons, ainsi que les gestes pour s’en servir et sans lesquels rien n’existerait de ce qui nous abrite, nous meuble, nous vêts, réponds à tous nos besoins et embellit ce qui nous entoure !

Ils ne savaient, pour beaucoup ni lire ni écrire, ceux qui fabriquaient ou maniaient ces outils.

Et pourtant quel sens du langage ils avaient pour les nommer : l’aissette du tonnelier, la bastringue du charron, la bigorne du corroyeur, la bisaiguë du charpentier, le ciroir du vannier, les vingt sortes de truelles du maçon, le tarabiscot de l’ébéniste !

Les métiers ont inventé leur vocabulaire. L’histoire de l’outil est celle de tout l’artisanat, une histoire qui ne peut inspirer que l’émerveillement et la gratitude ». Ce texte est de Maurice Druon.

Ce musée, cette bibliothèque qui composent la Maison de l’outil et de la Pensée Ouvrière est l’œuvre de Paul Feller, qui l’avait réfléchit et établit à Troyes avec les Compagnons du Devoir à qui il a légué ces collections.

Ce jésuite né en 1913 et décédé il y a 30 ans, voulait cette Maison active, utilisée par les hommes de métier désireux de connaissances et restitués dans leur dignité. Il souhaitait aussi que les non-manuels y découvrent ou y redécouvrent un monde qu’ils ne connaissent pas ou qui leur échappe. Il voulait que se renoue le dialogue entre ceux qui avaient choisi une adolescence «dans un apprentissage et ceux qui l’avaient choisie sans un apprentissage». Il espérait que, par cette institution en plus d’autres, un jeune, doué d’intelligence, destiné aux études longues, choisisse de vivre son adolescence dans un métier dit manuel. Il souhaitait que par sa démonstration, la «Maison de l’Outil» permette, au monde de l’éducation de «saisir» l’importance de «l’intelligence active». Il osait croire que des parents, des éducateurs formeraient leur conviction que «l’être» s’épanouit par transmission, c’est-à-dire par l’exemple et l’échange «tacite» avec un maître digne de ce nom, par le contact avec la matière, la nature, l’univers… qu’ils saisiraient peut-être que l’homme n’est pas seulement un cerveau, mais aussi un corps, une âme, un esprit, qu’il porte en lui l’ensemble de l’évolution de l’humanité. Qu’il faut donc «faire», expérimenter, avant d’évoluer vers l’abstraction et la conceptualisation.

Que la véritable prise de conscience va, chez l’homme, de l’extérieur vers l’intérieur, du corps à l’esprit. Telle était d’ailleurs l’opinion des philosophes présocratiques, qui n’ont jamais isolé la pensée de l’action.

Notre jésuite rappelait que pour les anthropologues, l’homme primitif n’est devenu homo sapiens que parce qu’il était auparavant homo-faber ; Pour les scientifiques, cette évolution est due à la libération de la main et de la face qui a déterminé le développement parallèle de son cerveau. La distinction opérationnelle entre intellectualité et technique se retrouve donc dans la spécialisation relative des centres cérébraux qui commandent l’action et l’enregistrent, suscitent les gestes du corps et l’émission de la parole, animent la main de l’homo faber et les organes d’expression de l’homo sapiens.

Dans cette traduction des gestes par la pensée et la parole, le toucher et la main prennent une importance considérable. Le tiers du cerveau est consacré à la main. Elle représente le corps tout entier, le toucher étant le sens universel, (déjà selon Epicure), dont tous les autres, même la vue, ne sont que des différentiations.

Aussi, pour l’Homo-Faber, l’outil est un organe de substitution, figé dans une fonction spécialisée. Toute invention mécanique est alors une projection ou une amplification de la capacité de notre corps ou plus simplement de notre main.

L’Homo Faber, faiseur d’outils, n’est donc pas l’ancêtre mais le contemporain, le frère et l’alter ego de l’Homo Sapiens, faiseur de mots et de systèmes. Il a pensé en travaillant avec ses mains.

Le premier langage fut, sans aucun doute, un langage de métier, la parole se substituant au geste ébauché. Entre le métier et la culture, il y a les gestes du métier, les outils du métier, les mots du métier. Druon, avec son talent, vient de nous le montrer.

Ainsi, outils et symboles graphiques relèvent du même processus et de la même fixation des techniques. Certains ne s’y sont pas trompés.

Il faut donc envisager le travail manuel sous ses 2 aspects, aujourd’hui séparés, le physiologique et le spirituel ; dans la transformation que l’homme impose à la matière et dans la métamorphose qu’il subit dans son être.

Il est remarquable que les spirituels les plus éminents aient toujours soutenu le primat de l’expérience et de la méthode sur la plus sainte doctrine ; La devise monastique par exemple, « Ora et labora » est connue de tous. Bien avant saint Benoît, Antoine, l’initiateur de la vie monastique en Égypte avait illustré l’alternance harmonieuse de la prière et du travail, en attribuant sa pratique à une inspiration céleste. Cette méthode « monachique » semble être le véritable chemin d’une compréhension existentielle de la Vérité. Un homme n’est pas dans la vérité parce qu’il la pense ou l’affirme, mais parce qu’il la vit, dans un acte probatoire, créateur du fait en même temps que de l’idée. C’est pourquoi l’initiation au métier est aussi une initiation à la vie tout court.

C’est ce que permet le métier manuel. Il suffit à l’homme de métier, d’étendre à toutes choses son attitude à l’égard du travail de la matière pour savoir si cette attitude est vraie et sa vocation féconde. Le travail se place entre l’esprit qui contemple et la main qui œuvre.

Fonction et contemplation, rationalisme et pensée, sont les deux limites extrêmes du travail manuel. Il est dangereux de penser les idées pures et difficiles d’être toujours présent à l’éternité… sans agir.

L’essentiel consiste à ne pas se laisser asservir par cette activité et « de créer sans posséder, travailler sans retenir, produire sans dominer » selon la belle formule de Lao-Tseu. Ce que nous pouvons aussi illustrer par la devise des Compagnons du Devoir : « Ni se servir, ni s’asservir, mais servir ».

Repartons des origines : l’homo technicien du milieu du paléolithique est en même temps inséparablement sapiens et faber ; ses outils ont tellement évolué depuis les premiers éclats de pierre qu’il a provoqués, que la prépondérance de la réflexion ne peut être niée tant en ce qui concerne l’analyse, la synthèse et la simulation dans la genèse et la transformation de son outillage

Dans l’outil qu’il crée et utilise, l’homme mets dés les origines, du savoir-faire, de l’imagination, de la patience, un sentiment du possible bien contrôlé, un sens précis de ses actes ; d’une façon générale, il a utilisé toutes ses facultés mentales dont l’homme contemporain manifeste encore l’usage dans des actes que l’on croit supérieurs et très différents.

Nous devons donc, tant au regard du primitif que de l’homme contemporain, considérer l’outil comme le principal et suffisant témoin des acquisitions et du progrès humains. Et c’est ce témoignage particulier que les visiteurs de la Maison de l’Outil et de la Pensée Ouvrière viennent inconsciemment interroger. Ils doivent l’interroger avec confiance et lui faire dire tout ce qu’il peut nous dire, chercher les constantes, les signes des seuils de passage à l’universel de l’Homo Faber. C’est sans doute le seul véritable secret que détient l’outil ; il vaut donc la peine de s’y intéresser.

A les observer, les visiteurs semblent prêter à l’outil une signification qui relate la nature profonde de l’homme depuis le début de son humanité. Nous pouvons donc légitimement comprendre l’intérêt pour l’outil comme une velléité de recherche sur la dimension intime de soi.

Et, parce qu’il s’agit, en l’occurrence depuis la préhistoire jusqu’à nous, d’actes successifs, de manifestation de pensées exclusivement ouvrières où l’homme de science pure, l’intellectuel pour tout dire n’a aucune part, où il n’intervient jamais, tout porte aussi à croire que cette mélancolie plonge dans les territoires insondés et irrationnels des individus, au temps où chacun de nos ancêtres étaient hommes de métier. Car, ne l’oublions pas, chacun d’entre nous possède un ancêtre charpentier ou maçon, forgeron ou paysan, charron ou maréchal-ferrant…

Car l’outil, loin d’être le prolongement de la main, est un transmetteur. Transmetteur d’énergie, soit, mais plus encore d’humanité. Il fait non seulement ce que veut l’homme, mais il fait ce qu’il veut devenir : « Homme, dans sa dimension universelle et humaniste ».

Ainsi, l’apprenti qui manipule l’outil connaît une véritable promotion d’être. Il apprend la patience, intègre la notion du temps nécessaire à la bonne exécution d’une œuvre en fonction de la matière travaillée, de sa dureté et de sa complexité. Une notion de temps obsolète, absente du monde virtuel, vous en conviendrez.

Une notion que l’adolescent vivra de l’intérieur en se concentrant sur son ouvrage. Transformant la matière première, il se transforme d’abord lui-même ; ainsi, les lois cosmiques que possède le matériau travaillé sont instantanément respectées par celui qui tient l’outil en main. Le tailleur de pierre qui tient une pierre dans sa main porte un morceau d’univers avec ses lois. Et le temps dépensé à la tailler, qui coule lentement pendant l’apprentissage puis, progressivement plus vite à force de maîtrise, concourt à l’élaboration de sa vision du monde et au progrès.

Gaston Bachelard soulignait le rapport dureté-durée ; pour lui, elle permet d’accéder à la notion d’espace-temps connecté à la planète et non pas falsifié par une technologie déshumanisée ; non pas que la technologie soit à bannir, mais bien que l’homme doit être en mesure de la dominer afin de ne pas la subir. Le travail de l’outil sur la matière permet, plus que tout discours, de reprendre conscience de sa condition de « citoyen de la Terre ».

Grâce à l’outil, l’apprenti dialogue avec la matière ; ce qui faisait dire à Paul Feller : «L’homme, grâce à l’outil, s’est senti communier avec l’Univers entier. Depuis toujours et pour toujours, tandis qu’il enfermait dans ses doigts le Monde, en faisant corps avec…», Il précisait encore : «Manipulant l’outil, l’ouvrier s’universalise en se particularisant», «il retrouve l’universalisme de sa vocation humaine». L’apprenti, en devenant homme de métier, forge sa personnalité en se «concentrant» sur l’ouvrage. «Ainsi, l’outil, dans son emploi, apparaît non plus comme extrapolation indéfinie de la main, mais comme concentration restrictive et non pas de la main, mais de l’homme tout entier».

L’outil est donc un médiateur qui permet à l’adolescent en quête de sens, en inévitable déséquilibre mental, moral ou physique, d’absorber toute l’énergie de la matière ; nous pouvons ajouter qu’en se concentrant, il est en capacité d’atteindre son unité. Cette expérience est donc proprement initiatique.

Dans «La Terre et les Rêveries de la Volonté», Bachelard nous explique encore que : «par le marteau ouvrier, la violence qui détruit est transformée en puissance créatrice… Le travail de la matière permet à l’adolescent de rééquilibrer son énergie par la médiation de l’outil. Il sent son corps se transformer par l’action répétée de son geste. Sa musculature se développe ; sa vigueur canalisée le surprend et lui ouvre des perspectives jusqu’alors ignorées. Concentré sur son ouvrage, il prend confiance en lui, il devient fort, même si ses doigts sont endoloris par sa maladresse ; il apprend à se connaître lui-même. Il apprend à être juste, à voir, entendre, considérer et à agir juste. Il apprend aussi à garder le silence.

- N’avez-vous jamais remarqué combien les hommes de métier sont des « taiseux » ?

Alors si l’outil renferme des secrets, sans doute transmet-il à celui qui le manipule, le sens fondamental du secret et du sacré ? Et c’est en cela que l’individu accède progressivement à la véritable connaissance… la connaissance de lui-même.

Il accèdera au seuil de la spiritualité par mimétisme de son maître d’apprentissage et à la relation muette mais cependant riche avec les autres de l’atelier mais aussi le détachement qu’il montrera dans l’abandon final de l’œuvre accompli. Une dimension spirituelle purement laïque, convenons-en, qui place l’homme au-delà de la nécessité et du sens moral. Il donnera progressivement du sens à sa vie. Et c’est ce qui semble manquer le plus à nos adolescents. Une quête de sens qui semble de plus en plus hanter les adultes, le monde économique, la société en générale.

Nous sommes, bien entendu, conscients que le métier n’est pas la seule solution au passage difficile que représente le temps de l’adolescence, mais il apparaît particulièrement complet. Pour en être convaincu, et ce n’est pas la seule, il n’est qu’à observer la formation compagnonnique qui vient d’être inscrite à l’inventaire du patrimoine immatériel de l’humanité par l’UNESCO. Par le dialogue de l’apprenti avec l’universel, l’individu s’enhardit et se métamorphose pour prendre place au sein du monde qui l’entoure.

Ce que nous voulons expliquer, c’est qu’il nous faut considérer l’homme dans sa globalité, recréer les conditions d’une formation d’homme complet : «il faut faire en sorte qu’au cours du développement d’un enfant, celui-ci puisse «faire corps avec sa tête. N’est-ce pas cela, au fond, l’intelligence : profiter d’un potentiel global au développement de sa pensée » ?

Pour finir, j’aimerais revenir plus précisément sur le travail manuel qui semblait vouer à l’obsolescence mais qui regagne du terrain, celui de la jeunesse et de beaucoup de parents. La France prend conscience de la désertification technique de son territoire et de ses citoyens au profit d’autres pays, d’autres peuples. Les artisans manquent de main d’œuvre qualifiée, les adolescents cherchent des maîtres d’apprentissage motivés. Seule, l’Allemagne continue d’être attentive à son artisanat et à sa valeur ajoutée productive.

Mais plus que de former des travailleurs manuels et des artisans, ce que nous voulons faire passer comme message, c’est l’importance que détient l’apprentissage d’un métier manuel pour la formation d’un adulte. Grâce à l’outil, la matière obtient une valeur qu’elle n’avait pas auparavant. Il valorise la matière mais aussi l’homme de métier lui-même. Or le remplacement de l’outil par la machine a inversé le rapport entre l’homme et le produit de son travail. Cette opposition s’est traduit dans le champ social par l’antagonisme de deux catégories humaines : ceux qui profitent de ce système et refusent de le modifier et ceux qui en souffrent.

Notre idée n’est pas, non plus, de refuser le progrès scientifique et technique, mais c’est de le remettre au service de l’homme. Et c’est à l’adolescence que s’ouvrent de nouveaux champs d’humanité. Faire un apprentissage d’un métier manuel est donc déterminant pour la formation globale et ontologique de l’individu. L’expérience physique du monde nous paraît être le meilleur garant de l’équilibrage psychique inhérent à l’adolescence, en particulier dans notre société occidentale propice à l’illusion et au virtuel. L’apprentissage d’un métier manuel est une pédagogie du réel.

Non pas que nous opposions les manuels aux intellectuels d’autant que chacun admet combien l’intelligence s’exprime dans l’exercice d’un métier dit manuel, mais nous demandons aux non-manuels de se poser la question de la promotion de l’Homme en de nouveaux termes, en regard de ces 50 dernières années. Un après-guerre mondial où l’idéal affiché de la réussite sociale déniait aux cols bleus jusqu’à leur dignité.

Une confusion entretenue aussi entre travailleurs à la chaine qui excluait toute réflexion ou imagination et hommes de métier. En cela, puisque c’est inéluctable, le remplacement de l’homme par la machine est une bonne chose. Et les milliers d’ouvriers que le système a manipulés en les excluant de l’organisme d’instruction officiel pour les spécialiser sur des chaînes de montage, robotisées à terme, ont le droit de se sentir spoliés. Alors soyons solidaire et montrons-nous responsables en nous préoccupant des générations futurs. Aujourd’hui, nous le savons, peu de formation permet une véritable autonomie. Nous avons la faiblesse de penser que l’apprentissage d’un métier manuel permet une véritable autonomie humaine, sociale et économique. Nous pensons qu’un  maître d’apprentissage peut déclarer, à l’instar de Rousseau : « En sortant de mes mains, il ne sera, j’en conviens, ni magistrat, ni soldat, ni prêtre ; il sera premièrement Homme(…) » (Emile, livre 1).

Non plus que nous souhaitions que tout le monde soit des hommes et femmes de métier ; notre propos n’est pas social mais nous pensons que l’apprentissage d’un métier sensible, transmis par un Maître digne de ce nom, est la voie royale dans la connaissance humaine. Nous englobons ici toutes les activités qui prennent en compte la dimension physique : charpentier, paysan, marin pêcheur, chirurgien, musicien, sculpteur, sportif de haut niveau,…

En 1998, le philosophe Edgar Morin, à la demande de l’UNESCO, devait réfléchir au « socle minimum de connaissances à acquérir au cours de la scolarité ». Il estimait « que l’éducation doit enseigner l’unité de la condition humaine à la fois physique, biologique, psychique, culturelle, sociale et historique, alors que le découpage disciplinaire le désintègre. Elle doit également enseigner le destin planétaire du genre humain ». N’est-ce pas ce que nous évoquons ? A notre époque qui permet de vivre plus longtemps et qui semble exiger de travailler plus longuement, alors 2 ou 3 années passées à la formation au « savoir-être », puisque c’est de cela dont on parle, ne peut pas être un handicap, au contraire.

Ensuite chacun suivrait sa voie propre, qu’elle soit celle d’un chef d’état ou d’un universitaire. Gouverner l’humanité ou lui transmettre un savoir nécessite d’y avoir été mêlé, sinon, comme aurait dit ma mère : « de quoi je me mêle ? ». Contrairement à l’Allemagne, nous sommes un pays où mêmes les ingénieurs n’apprennent pas le métier qu’ils étudient, dissèquent, coordonnent, théorisent… Un pays où les décideurs politiques parlent de ce qu’ils observent comme des ethnologues, d’un peuple.

L’apprentissage d’un métier manuel est pour nous, comme une initiation permettant l’accès aux valeurs universelles. Ce n’est qu’en tant que rite de passage entre l’enfance et la vie adulte que nous invitons les adolescents à rejoindre les fondements de la civilisation que transmet l’exercice d’un métier, outil en main. C’est donc une voie différente, fondamentalement humaine, qui remet l’économie au service de l’homme, de tous les hommes et du progrès au service de l’humanité.

« Pratique, beau, divers, l’outil transpire l’unité de l’homme qui l’a conçu, utilisé, soigné, transmis. Particulier en son utilité, il sue bien d’avantage encore l’unité d’un homme dont toute porte à penser qu’il n’est devenu « faber » qu’à force de s’être voulu « sapiens ». Rustique souvent, orné presque toujours il procède davantage du sacré que du profane. Il est vif, vigoureux, franc et, plus encore qu’efficient il fait non seulement ce que veut l’homme mais il fait de l’homme ce qu’il veut devenir. Etant ici ceci et là cela, partout il est semblable à soi-même, le signe d’un mieux vivre dont la plus-value assure à qui s’en sert adroitement le pain dans la main. Le couteau pour couper bien doit couper mieux. Là, plus profondément que ce qui le sépare des autres, l’homme en tant qu’il est « faber » se montre au plus haut point « sapiens », là, l’homme passe l’homme. A qui veut entendre les outils nous dirions, le prenant entre vos mains pour vous en servir -ne fusse qu’en esprit-goûter l’homme qui vit en vous, universel ». (Paul Feller).

Dominique Naert

Président de l’association des Amis de Paul Feller.

Médaille d’or de la Renaissance Française.

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